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"Les confessions de Ben Avi : un peuple contrefaçon qui m’aime à ma façon "
Hier, j’avais vingt ans. A mon passage on crie : "hey...hey...hey...voilà Ben Avi le grand chef qui remonte le boulevard...Les hommes effrayés, les femmes haletantes et les enfants se retournent : qu’est-ce que c’est que ce géant-là, ce grand format, ce double canon, qui fait des enjambées d’un kilomètre.Il déambule dans la ville et ne s’arrête que pour les pucelles aux nichons melons et aux jambes les plus longues pour se nouer autour des ses reins puissants." Qui a vécu mieux que moi, tu peux me le dire ? J’étais pauvre et j’ai pu jouir pleinement de l’argent.
Je suis laid et j’ai réussi à séduire les femmes les plus belles. Une vie intense et longue. Mais l’ennui, c’est ça : peut-être un peu trop longue. Je ne supporte plus de me regarder dans la glace. Un corps fripé comme celui d’un insecte desséché.
Et quand tu n’as plus ton zob, eh ! bien, c’est ça le régiment qui s’en va à l’aube. A qui dire adieu, à quoi ? Au palais, au peuple ? Cela ne sert à rien : toutes ces choses descendent avec moi. Faut-il tenir encore droit sur scène ? Le départ ? Le testament est dans la besace. Personne pour me succéder ? M’éliminer peut-être...Ce peuple, véloce et affûté, m’a coûté la peau des fesses.
J’ai fait venir des contrées lointaines et des temps incertains les plus grands savants pour qu’ils farfouillent dans sa caboche. Résultats stupéfiants ! Le peuple des ratés est né : un peuple d’asexués, ni mâle, ni femelle. Des créatures faibles et débiles. Des avortons d’une race de bestioles pitoyables. Des faces aveugles. Des visages absents. Des gâteaux qui font dans leurs frocs.
De fausse-couche. Ils ont subi tant d’insultes, d’affronts qu’ils sont morts à leur naissance. Ils sont fatigués. D’être debout. A bout de résistance. Ils sont morts il y cent ans. Que du vent. Pas de cœur pour pomper, pas de veine, pas de cervelle. Ils puent la vieillesse. Un nouveau peuple est né. Avec un nouveau sang ! Un peuple qui dit toujours "présent".
Qui veut à nouveau rire, chialer et danser ? Personne ne boit plus, ni ne fume, ni ne chie, ni ne prie. Qui lit et qui écrit ? On ne copule pas et on n’engendre plus. Personne pour parler. Un peuple doux et fin pour moi seul se lève. Qui ne colère jamais, n’aime, ni ne rêve ? Haïr ? Souffrir ? Pleurer ? Se moucher ou péter ? Se masturber ? Roter ?
Faiblir ou convoiter ? Mentir, voler ou arnaquer ? J’ai égorgé tous les filous du quartier. Que des temps (moutons) modernes. Tous mes gens sont bien joli jolis, proprets et sentent le bonbon. A peine ont-ils un nom. Ils ne se fâchent pas et me suivent comme des oies.
Qui aurait cru que tous ces Tunisiens jappent comme Jacob, le patient de Jéhovah ? Mon peuple est un trésor, en or.
Un peuple inégalé qui applaudit et dort. Une langue –de chat trempée dans un bol de lait. Un peuple contre façon qui m’aime à ma façon. Et maintenant qu’il est bien tard, que je suis devenu vieillard, qui viendra être le pillard ?
A qui reviendra ce prêt à porter, ce peuple figue de barbarie épluchée ? Au type qui croit que les hommes sont égaux comme les dents d’un peigne ?
Pas question : Mon successeur, c’est l’enfant prodigue, je lui déblaie la route de la gloire. C’est mon assassin.
En attendant le baiser de la mort, la montagne ne bouge pas. Et, sur le dos des chiens, des selles j’ai mis.
"Les confessions de Ben Avi : un peuple contrefaçon qui m’aime à ma façon "
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