Terrorisme, sécurité et droits de l’homme, perspective globale

Terrorisme, sécurité et droits de l’homme, un sujet pointu et d’actualité. Comment concilier la sécurité et les droits de l’homme ? Comment concilier la liberté d’expression et la sécurité de l’Etat et des citoyens ? Entre l’intégrité de l’individu, le respect de sa vie privée,  de la présomption d’innocence et du secret de ses correspondances et l’impératif de lutte contre le terrorisme ?
La réponse n’est pas toujours aisée. Il faut bien reconnaître que la solution miracle n’est pas à notre portée. Le conflit d’intérêts est omniprésent.
En effet,  l’utilisation excessive de la liberté et des droits peut entraîner à son tour le l’atteinte à d’autres droits comme le droit à la sécurité et le droit à la vie.

A mon avis la solution recherchée doit prendre en considération le fait que que les droits et libertés de l’homme doivent avoir le statut de principe général, tout en reconnaissant que ce principe peut avoir des exceptions qui ne doivent jamais dépasser celles nécessaires dans une société démocratique.
 
1)    les droits de l’homme sont le principe :
Les droits de l’homme sont garantis dans le monde libre par les constitutions et les lois. Ces  textes au long des années se sont transformés en une pratique, une culture et des traditions. Tandis que, dans certains pays arabes comme le mien, la Tunisie, ils sont garantis seulement dans les textes mais non dans la pratique. Avide du soutien de l’Occident, notre Etat a ratifié un grand nombre de conventions internationales tout en veillant soigneusement à éviter leur application.
résultat : la transgression des droits de l’homme chez nous n’a pas permis, comme le soutiennent nos gouvernants, à préserver la sécurité .Ca n’a servi qu’a maintenir la dictature en place et permettre au dictateur de profiter de la corruption et d’en faire gouter à ses proches et collaborateurs. D’un autre côté cette politique _ qui est bien une politique d’Etat et non de simples bavures policières _ a non seulement fait perdre à notre pays l’occasion d’accéder au rang des pays développés, mais pire encore, elle a engendré la propagation de l’idée selon laquelle la violence est la seule voie du changement .
Je cite un exemple : un jeune, à l’origine, apolitique est impliqué dans une affaire terroriste ; en perquisitionnant sa maison, on a trouvé deux pistolets. Au procès, le juge lui demanda ce qu’il voulait faire avec ces armes. La réponse était qu’il voulait défendre sa femme. Selon lui la police l’a menacé de la violer et de lui enlever le voile qu’elle portait.
En le défendant devant le tribunal, j’ ai demandé l’atténuation de la peine, vu les circonstances et le fait que la situation du pays ne lui permettait effectivement aucun recours contre les menaces et les agressions dont il faisait objet. Le juge m’interpella :  « maître, un homme de loi ne peut justifier la violence !». J’ai du lui rappeler que je plaidais  les circonstances atténuantes de la peine et non la justification  de l’acte. En effet on tremble devant l’idée de justifier la violence même lorsqu’elle peut être justifiée du point de vue de la constitution et de l’esprit de la loi, surtout qu’en Tunisie , des réformes -dans l’attente du changement radical très attendu- sont possibles. Subir les humiliations , la torture  et  la prison et les dénoncer à l’opinion publique nationale et surtout internationale peut être plus efficace et surtout plus moral que de tuer pour faire sa justice privée digne de la jungle.
Mais comment convaincre les jeunes victimes de la répression sauvage, de suivre la voie du Mahatma Gandhi ? C’est notre tâche à nous, tunisiens et Citoyens du monde libre, croyant en les droits de l’homme pour tous les êtres humains et en la valeur de la solidarité, de faire sentir à ces gens qu’ils ne sont pas seuls et délaissés et d’agir pour que l’impunité cesse et que les droits de l’homme soient respectés en Tunisie et  partout dans le monde .
Ces droits, qui, il faut le rappeler, peuvent légitimement être limités.
 
2. La limitation légitime des droits de l’homme :
Il est une limite à chaque liberté ; que ce soit dans les sociétés démocratiques ou non démocratiques. Le problème est de définir ces limites et de veiller à ce qu’ils ne vident pas le principe de son contenu.
Prenons comme exemple la liberté de l’information et un exemple plus précis : une émission de la chaîne Arabe Al Jazeera où un fanatique  vivant en Angleterre déclare qu’il peut accepter le meurtre de touristes Anglais au Yémen . La question qui se pose : doit on tolérer ce discours par respect de la liberté d’expression ou bien l’incriminer pour protéger les vies humaines contre ces idées qui peuvent être suivies par le passage à l’acte ?
A mon avis la chaîne Al Jazeera a bien fait de présenter cette personne tant qu’elle garantit la libre expression de tous les courants de pensées et qu’elle permet aux islamistes modérés et extrémistes, aux libéraux aux gauchistes et aux autres de s’exprimer.
Il faut faire confiance au bon sens de la majorité qui a certainement compris dans le cas cité que la personne en question est un ingrat condamnable sur le plan de la moralité, étant donné qu’il encourage le meurtre des individus de la société qui l’a abrité et protégé des siens qui le cherchaient pour le torturer et l’emprisonner.
 Contrairement à la chaîne de télévision,  la personne intervenante peut être équitablement condamnée pénalement et voir sa liberté limitée, vu que l’apologie du meurtre ou du terrorisme est une incitation  indirecte au crime qui pourra influer sur une minorité de sujets fragiles ou déséquilibrés. Certes faire la distinction entre la chaîne de télévision et la personne intervenante se heurte à des obstacles juridiques qu’il faut surmonter pour préserver le droit du public à être informé .Aussi faut-il distinguer entre les mass media qui garantissent le pluralisme et ceux qui cèdent l’antenne exclusivement  ou la plupart du temps aux  extrémistes passant des messages de haine ou de meurtre.

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