Les ex-prisonniers de gauche refuseront les réparations

Proposé par redaction le vendredi 11 mai 2012

« Nous estimons qu’en cette période très difficile, où le pays manque de fonds pour financer les programmes pour l’emploi, l’idée que l’on puisse débourser des millions pour les compensations financières des amnistiés nous paraît une récompense illégitime », a déclaré à Radio Kalima un responsable du Parti communiste des ouvriers tunisiens, Jilani Hammami. « Face à la situation du peuple tunisien, nous pouvons bien nous en passer ».

Suivant l’exemple du secrétaire général du PCOT, Hamma Hammami, qui a déclaré récemment lors d’une émission télévisée qu’il refuserait toute réparation financière à titre personnel, plusieurs personnalités ont également déclaré qu’elles s’opposeraient à recevoir de l’argent en compensation des abus qu’elles ont subis sous le régime Ben Ali. Ainsi l’avocat Noureddine Jerbi, qui a passé plus de deux ans dans les prisons de Bourguiba quand il était étudiant, déclare « avoir milité pour ses convictions et ne pas vouloir l’aumône » de ce gouvernement.

Ces positions interviennent suite au sit-in d’ex-prisonniers politiques islamistes entamé le 16 avril devant l’Assemblée, qui réclamaient des réparations financières urgentes. Il y a également eu, depuis un mois, des « déclarations politiques très vagues et des insinuations devant l’Assemblée constituante concernant le budget alloué à ces réparations », précise Jilani Hammami. Des rumeurs avaient même circulé sur d’énormes sommes que « Ennahda » compterait « distribuer à ses prisonniers politiques ».

Ces événements se sont produits sur  fond de projet de loi préparé par le ministère de la Justice transitionnelle : la « Loi sur la Réparation des préjudices pour les personnes ayant bénéficié de l’amnistie ». Ce sont 9 000 personnes qui ont obtenu des tribunaux une « attestation d’amnistie », y compris beaucoup de victimes du PCOT « qui voulaient régulariser leur situation, notamment pour leur travail », explique Jilali Hammami. En effet, l’attestation d’amnistie donne également droit à la réintégration professionnelle. Mais la famille de gauche refusera désormais les réparations financières auxquelles la même loi leur donnera droit. Un texte allant dans ce sens et circulant sur internet a d’ailleurs déjà recueilli à ce jour une cinquantaine de signatures de politiciens, syndicalistes et défenseurs des droits humains.


Zoé Deback

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