Leïla Trabelsi : « Kamel Morjane devait succéder à Ben Ali »
Proposé par oumzied le vendredi 22 juin 2012
« Ma Vérité », le livre de « révélations » de Leïla Trabelsi, a enfin été publié aux Editions du Moment le 21 juin. Il a été en fait rédigé par le propre directeur de l’édition, Yves Derai, sur la base d’une série d’entretiens sur Skype qu’il a eus avec l’épouse de l’ex-dictateur.
« J’ai été contacté par un intermédiaire, qui veut rester anonyme car il retourne en Tunisie régulièrement », a déclaré Derai sur la radio France Inter le 21 juin. « Puis j’ai commencé à converser sur Skype [avec Leïla Trabelsi] et on a évoqué ce projet de livre ». L’éditeur précise qu’il a pu voir la femme de Zine El Abidine Ben Ali via sa webcam, et que, de même que sur la photo de la couverture du livre, elle était toujours voilée. Les interruptions étaient nombreuses : parfois, disait-elle, parce qu’elle allait prier, et peut-être aussi, estime Yves Derai, « car elle n’était certainement pas habituée à travailler trois heures d’affilée en français ».
Yves Derai, qui est apparu sur France Inter très solidaire de sa co-auteure, estime que « l’histoire de la révolution tunisienne n’a pas encore été écrite ». Voilà pourquoi il aurait décidé de publier ce « témoignage d’une actrice qui était au cœur des événements ». Il précise tout de même qu’il a posé comme condition que les droits d’auteurs soient versés à une association caritative, et que de toute façon, il n’était même pas sûr que le livre se vende…
Pourtant l’analyse politique de Leïla Trabelsi ne paraît pas très enrichissante pour l’Histoire. Pour elle, pas de révolution populaire, mais un « coup d’Etat planifié ». Entre autres « preuves » délirantes, elle cite « le nombre inhabituel de stages proposés par certains pays étrangers à de jeunes Tunisiens dans des laboratoires où ils ont appris l'usage des blogs » ! Mais qui était derrière ce complot, elle ne le précise jamais vraiment. « Ma conviction est que ceux qui ont fomenté le coup d'Etat (...) ne font pas partie du ministère de l'Intérieur », écrit-elle. Elle pointe aussi du doigt Ali Seriati, chef de la sécurité présidentielle, « sans l'insistance [duquel] le président ne serait jamais monté dans l'avion ».
Sur les abus commis par ses proches, elle n’avoue pas grand-chose, sauf : « parmi les miens, quelques-uns ont exagéré, souvent les plus jeunes qui se laissaient aller à leur appétit de profit (…). Nous avons été le talon d'Achille du président ». Elle tient par contre à contredire ceux qui pensaient qu’elle tirait toutes les ficelles à Carthage, essayant de composer dans le livre l’image d’une épouse effacée, peu intéressée par la politique. Mais surtout, elle nie avoir eu l’ambition de succéder elle-même au président vieillissant - quitte à jeter la pierre à un autre : « Ben Ali avait l'idée, effectivement, de préparer un successeur. Il l'avait même trouvé et, persuadé que c'était l'homme de la situation, le préparait à la fonction suprême, en plein accord avec lui. Ce dauphin n'est autre que son dernier ministre des Affaires étrangères, Kamel Morjane ». Une confession qui va certainement arranger les affaires de Morjane…
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