La délégation de l’Union Européenne à Tunis apprivoisée

Il semblerait que le néerlandais, Adrianus Koetsenruijter, ambassadeur chef de la délégation de l’UE à Tunis soit décidé à arracher la bénédiction des autorités tunisiennes, quitte à froisser la société civile locale et malmener son mandat.
Sous sa férule, la délégation s’est engagée dans un partenariat actif avec le ministère tunisien des Affaires étrangères pour promouvoir le projet tunisien d’accéder au statut de partenaire avancé avec l’UE, qui a suscité bien des réserves à Bruxelles. Ainsi le site de la délégation, s’est mué en organe de soutien aux ambitions tunisiennes, en chœur avec les médias officiels, conviés en exclusivité aux points de presse de l’ambassadeur.
 C’est ainsi qu’est annoncée, très discrètement, une « consultation publique » sur le statut avancé d’une rigueur douteuse.
Cette consultation activement relayée par les sites du RCD, le parti au pouvoir, n’a d’autre justification que de paver le chemin à la réunion officielle du comité ad hoc sur le statut avancé, prévue le 23 décembre.
 Nul doute que, dans un environnement peu propice à l’expression d’opinions « non orthodoxes », l’initiative se réduira à plébisciter les revendications du gouvernement de M. Ben Ali. Cela au moment où les ONG tunisiennes indépendantes exigent qu’un tel statut se couple avec un respect plus strict des engagements en matière de droits humains, en particulier tels que définis par l’article 2 des accords d’association. Mais, il y a plus significatif encore dans cette évolution.
 La délégation qui avait mis en place un groupe informel de la société civile indépendante depuis 2006 comprenant les ONG autonomes - y compris les non reconnues, qu’elle consultait régulièrement dans le cadre des lignes directrices de l’UE sur les droits de l’homme - semble désormais privilégier une conception plus complaisante.
L’ambassadeur vient d’organiser, en partenariat avec le MAE tunisien, « une Journée d’Information et de Consultation sur le Statut Avancé » le 6 décembre 2010, à laquelle il a invité l’ATFD et l’AFTURD, à côté des nombreuses GONGOs et des partis « représentés au parlement ».
Il a cru bon d’y ajouter Me Mokhtar Trifi, à titre personnel et Chadly Ben Younes, chef de file du groupe dissident à l’origine des plaintes contre la LTDH, promu « représentant de la ligue des droits de l’homme (LTDH) ».
Cela a engendré une réaction énergique des trois ONG (ATFD, LTDH et AFTURD) qui ont adressé une lettre de protestation à l’ambassadeur.
De leur côté, le Parti démocratique et progressiste ainsi que le Forum démocratique pour le travail et les libertés ont exprimé leur mécontentement devant leur exclusion par les services de la délégation.
La nouvelle démarche de l’ambassadeur Koetsenruijter ne semble nullement tenir compte de l’amer constat formulé par l’ancien ambassadeur américain.
 Godec, formulé dans une note secrète révélée par le site WikiLeaks : « [Ben Ali] et son régime ont perdu le contact avec le peuple tunisien.
Ils ne tolèrent ni conseils ni critiques, et ce qu’elles soient nationales ou internationales ».

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