L’épreuve de Gaza et la faillite de la « communauté internationale »

Il est de ces conflits armés dont la particularité est d’emporter avec eux non seulement des vies humaines et des espoirs déçus, mais aussi l’honneur de communautés ou d’institutions qui s’y sont compromises. Celui qui oppose aujourd’hui les Palestiniens de Gaza à la machine de guerre israélienne qui a transformé, depuis maintenant 7 jours, le ciel de Gaza en couvercle de projectiles crachant la mort, est de cette nature. Dans cette épreuve à laquelle est soumis un peuple spolié de sa terre et de tous ses droits élémentaires depuis maintenant 60 ans, on ne peut que constater la déconfiture de ce que l’on nomme communément la « communauté internationale », un concept supposé recouvrir l’ensemble des Etats influents de la planète sensés représenter la « conscience » du monde ; une « communauté internationale » qui a tourné le dos à son référentiel, la déclaration universelle des droits de l’homme, qui, ironie de l’histoire, a elle aussi 60 ans.

Un Etat voyou face à l’impuissance collective

Après avoir renié les Accords d’Oslo et bloqué toute issue à une négociation de paix juste, Israël n’a eu de cesse d’étendre ses colonies, de multiplier les provocations et de grignoter la maigre bande de territoire qu’il concédait à une « Autorité palestinienne » (AP) privée de tout attribut de souveraineté et dont les dirigeants étaient réduits à quémander des laissez-passer aux militaires israéliens pour se déplacer en dehors de leur « Bantoustan ». Ce faisant, il balisait la route à la montée des radicalismes, l'extrémisme appelant l'extrémisme, et ne laissait d’autre choix à une population excédée par les humiliations répétées que de s’en remettre à ceux qui savaient exprimer ses ressentiments.
C’est ainsi que le mouvement islamiste du Hamas arrive au pouvoir à l’issue d’élections démocratiques en janvier 2006 ; élections dont la régularité avait été supervisée par l’Union Européenne, faut-il le préciser. Mais Israël n’assume pas les conséquences de sa politique de la terre brûlée et ne se remet pas de l’arrivée au pouvoir du Hamas ; il parvient à imposer sa politique à l’UE comme aux USA qui s’alignent sur sa politique sans états d’âmes ;
A leur tour ils ne reconnaissent pas les résultats du scrutin et coupent brutalement les vivres à l’AP vivant sous perfusion européenne. Ici la démocratie n’a plus cours et l’Etat « voyou » impose sa loi. Israël serre encore plus l’étau sur les Palestiniens et soumet La Cisjordanie et Gaza - cette bande longue de 45km et profonde de 10 km et dont plus du tiers est confisqué par les colonies israéliennes - à un régime de bouclage le plus sévère qu’ait connu l’histoire contemporaine. Après avoir presque achevé la construction d’un mur trois fois plus haut et deux fois plus large que le mur de Berlin (près de 700 km), Israël annexe une partie substantielle de la Cisjordanie, procède à un énième déplacement de palestiniens (28 000 en 3 ans), après avoir détruit les maisons et arraché les oliveraies ; tout cela en violation de l'arrêt de la Cour internationale de justice (CIJ) émis le 9 juillet 2004, qui a jugé ce mur illégal et « contraire au droit international ».
Non seulement Israël ne démantèle pas le mur, mais il va resserrer davantage les barrages militaires autour des villes palestiniennes, y enfermant efficacement ses habitants et les transformant en autant de prisons à ciel ouvert, dont les prisonniers purgent une peine indéfinie pour un crime défini, celui d’être Palestiniens.
Selon l’Office des Nations unies pour les Affaires humanitaires dans les territoires occupés (OCHA) il existe en mars 2008 pas moins de 546 obstacles physiques entre check points, barrages routiers et portails. Faut-il préciser que ce bouclage des territoires anéantit l’économie palestinienne et réduit 50% de la population à vivre en dessous du seuil de pauvreté, selon les estimations de la Banque Mondiale.
Gaza ne cesse de payer le prix fort pour avoir voté pour un gouvernement qui n’a pas les faveurs de la « communauté internationale » ; Israël opte pour la politique de la mort lente en empêchant tout ravitaillement de Gaza en biens essentiels, ne laissant d’autre choix à la population que l’insurrection. Etouffés, les Gazaouis franchissent en juillet 2008 la frontière avec l'Egypte au poste de Rafah pour se ravitailler. Au plus fort des bombardements sur Gaza à la fin décembre, ce poste restera désespérément fermé par l’Égypte, qui a achevé ainsi de se déshonorer, ajoutant à l’impuissance, la complicité avec la puissance occupante israélienne.
Quant à l’attitude de la Ligue des Etats arabes, il est tout simplement superflu de l’évoquer ; avait-elle besoin de cette guerre pour achever de se discréditer, ne parvenant même pas à convoquer un sommet? L’occupation de l’Irak l’avait déjà reléguée au statut de pièce de musée dont le rôle est de témoigner du degré de soumission à la volonté impériale.

Débâcle diplomatique et complicité ouverte

A la catastrophe humanitaire, répond la débâcle diplomatique de ce qu’il est convenu d’appeler la « communauté internationale » qui s’était donné pour tâche, rappelons-le, de résoudre le conflit israélo palestinien !
Sans surprise, l’administration Bush condamne les tirs de roquette du Hamas, oubliant jusqu’à l’existence même des bombardements israéliens. Le président américain , dans une allocution diffusée samedi 3 janvier, « impute au Hamas l'entière responsabilité de la situation actuelle et refuse un «cessez-le-feu unilatéral» qui ne serait pas assorti de mécanismes de contrôle et qui permettrait au Hamas de continuer ses tirs de roquettes sur Israël à partir de la bande de Gaza ». Comment appeler ce comportement irresponsable de la part de la première puissance mondiale, sinon un blanc seing donné à Israël pour qu’il poursuive ses massacres !
Plus lisse, la présidence de l’Union Européenne renvoie dos à dos bourreau et victime ; elle commencera par dénoncer « la poursuite des tirs de roquettes visant le territoire israélien à partir de Gaza » tout en déplorant « le très grand nombre de victimes civiles. Se bornant à condamner « l’usage disproportionné de la force ». Jamais autant que sous la présidence française, Israël n’a eu de tels privilèges avec l’UE qui vient d’accorder le statut avancé à Israël dans le cadre de la politique européenne de voisinage (PEV). Le 9 décembre dernier et sous l’impulsion de la présidence française, le principe de « rehausser » les relations entre Israël et l’Union européenne a été accepté. Ce statut place Israël au niveau de quasi membre de l’UE. Il est désormais associé aux consultations de l’UE sur les problèmes stratégiques ; Il participe aux réunions des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne ; les responsables du ministère des affaires étrangères israéliens seront invités régulièrement aux comités pour la politique et la sécurité de l’Union. Les experts israéliens seront invités systématiquement dans les comités travaillant notamment sur le processus de paix, les droits humains, l’antisémitisme, la lutte contre le terrorisme et le crime organisé ; les responsables israéliens seront également associés à la politique étrangère et de sécurité de l’Union européenne et participeront aux réunions du conseil de l’Europe sur l’économie, les finances, les transports, la sécurité, l’énergie et l’éducation.
Ce statut privilégié était supposé donner à l’UE les moyens d’agir sur le conflit israélo-palestinien, c’est du moins ainsi qu’il avait été vendu. On sait aujourd’hui qui influe sur qui et combien l’Union européenne est impuissante à agir sur la politique israélienne qui ne lui laisse que le rôle de pompier chargé de reconstruire laborieusement ce que l’armée israélienne aura détruit pour la énième fois. Faut-il noter que ce « statut avancé » a été accordé le même jour où l’expert de l’ONU sur les droits humains dans les territoires palestiniens, Richard Falk, Déclarait « Au minimum, un effort urgent devrait être mis en œuvre par les Nations Unies pour appliquer la norme de la 'responsabilité de protéger' une population civile soumise à une punition collective équivalent à un crime contre l'humanité », estimant que « la CPI devrait enquêter sur cette situation afin de déterminer si les dirigeants civils et militaires israéliens responsables du siège de Gaza ne devraient pas être inculpés et poursuivis pour violation du droit pénal international. »

Quant à l’ONU qui a collectionné le plus grand nombre de résolutions sur la Palestine restées lettres mortes et dont les bâtiments à Gaza avaient été la cible des bombardements israéliens, elle ne sera même pas capable d’adopter une résolution du Conseil de sécurité présentée par le groupe arabe condamnant les violences des deux côtés ! Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon déclarera « J'ai condamné, à mainte reprises les tirs de roquettes du Hamas visant Israël. Tout en admettant le droit à l'auto-défense d'Israël, je condamne aussi Israël pour avoir recouru à la force de manière excessive dans la bande de Gaza ». On est loin de la fermeté des propos du rapporteur spécial sur les droits humains dans les territoires palestiniens et gageons que rien ne sera entrepris avant l’extermination d’une grande partie de ce qui reste de population à Gaza avec l’attaque terrestre.

Aujourd‘hui la « communauté internationale » a achevé de se déshonorer et ne peut plus prétendre à représenter la conscience du monde ; Heureusement que cette conscience existe encore et s’est exprimée à travers les manifestations d’hommes et de femmes libres, qui sont sortis ce samedi 3 janvier dans les rues des principales villes du monde, pour dire non à ce crime contre l’humanité. Les peuples n’ont plus foi dans les institutions officielles qui régissent la planète et cette situation est extrêmement dangereuse pour la stabilité et la paix dans le monde.
Est-ce que ceux qui président aux destinées de l’Europe et des USA sont conscients qu’ils ne sont pas en train de défendre leurs intérêts, ni ceux de la «communauté internationale», mais ceux d’une poignée d’extrémistes du Likoud ?

( le 4 janvier 2009)

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