Cité El Milaha à Radès ou cité Baba Amr à Homs ?

Proposé par redaction le mercredi 18 avril 2012

Tout un quartier de Radès a subi une incroyable répression policière après que des jeunes chômeurs ont voulu bloquer la route du port. Est-ce un aveu d’échec de la part du gouvernement ? La violence ne sera jamais une réponse à des revendications sociales, rappelle la société civile.

En voyant notre matériel photographique, les enfants se précipitent pour nous ramener des restes de grenades lacrymogènes. Sur l’une des grenades ramassées, une inscription en anglais attire notre attention : « Il est interdit d’utiliser cette grenade à l’intérieur de lieux fermés, au risque de provoquer la mort par asphyxie ». Une femme âgée crie son désarroi en s’interrogeant sur le mal que les habitants de la cité ont bien pu fait pour voir cette pluie de grenades s’abattre sur le quartier. « Est-on en guerre ? », demande-t-elle. « Nos enfants veulent juste des emplois ! ».

Enfants blessés, jeunes filles insultées

Un vieux, un octogénaire, nous montre des traces de matraquage aux jambes : les forces de l’ordre ne l’ont pas épargné lorsqu’il s’est interposé contre l’interpellation de son fils. Même les enfants n’ont pas été ménagés : un petit garçon ôte son T-shirt pour nous montrer les blessures sur son ventre causées par une grenade lacrymogène ; un autre a été blessé à la tête par une matraque.

Des femmes remarquent notre présence et insistent pour que nous recueillions le témoignage d’une femme enceinte, empêchée par les forces de l’ordre de se rendre à l’hôpital en compagnie de son époux. Celui-ci a en effet été interpellé parce qu’il protestait contre l’utilisation des grenades lacrymogènes. Plusieurs jeunes filles tiennent aussi à témoigner devant nos caméras qu’elles ont été insultées.

Mais ce n’est pas tout, les forces de l’ordre ont aussi causé des dégâts dans les habitations souvent précaires de ce quartier. Elles ont envahi un appartement au deuxième étage d’un immeuble et saccagé tous ses meubles. La consternation et la colère s’affichent sur le visage d’une dame, mère de la propriétaire de l’appartement. Un autre habitant nous a invités chez lui pour constater la panique qui avait été causée à son domicile, en son absence, par l’utilisation abusive de grenades lacrymogènes, alors que ses deux enfants souffrent de graves problèmes respiratoires.

La STAM, employeur de rêve à El Milaha

Non, ne nous sommes pas dans un quartier de Gaza. Nous sommes à la cité El Milaha, à Radès. Un millier de personnes résident dans ce quartier proche du port commercial de Tunis. La panique vécue par les habitants du quartier El Milaha, résulte du blocage par des jeunes gens de la route principale menant au port, le samedi 14 avril 2012. Ils voulaient protester contre la publication des résultats de concours de recrutement de la Société tunisienne d’acconage et de manutention (STAM), sise au port de Radès, à quelques encablures de leur quartier. Des résultats contestés par les habitants du quartier, puisque seulement quatre jeunes gens issus du quartier Milaha ont été retenus. Ils voulaient aussi dénoncer plusieurs dépassements dans le déroulement du concours, dont, selon eux, « des pots-de vins de la part de personnes appartenant au mouvement Ennahda ». Ce mouvement de protestation n’est pas le premier dans cette région, et ne sera pas le dernier, assurent les jeunes du quartier que nous avons rencontrés. La répression, le matraquage et la violence proposées par les forces de l’ordre en guise de solution à leurs problèmes ne les empêcheront, jurent-ils, de poursuivre leur lutte pour obtenir le droit de travailler au sein de la STAM.

L’utilisation brutale de la force par les agents de l’ordre s’explique par l’importance stratégique du port commercial de Radès dans l’activité économique du pays, notamment pour approvisionner en marchandises plusieurs régions de pays. Le blocage de la route un samedi – jour de grande activité selon les travailleurs du port – aurait considérablement perturbé l’économie du pays déjà en crise. Mais comment justifier ces descentes punitives effectuées par les forces de l’ordre, qui ont touché non seulement les auteurs de la fermeture de cette route, mais tous les habitants du quartier ? Sans même revenir sur l’utilisation abusive de grenades lacrymogènes, les forces de l’ordre ont également effectué de véritables opérations de ratissage touchant toutes les ruelles et toutes les maisons du quartier. On rapporte qu’ils criaient « Zenga zenga, dar dar » (« ruelle par ruelle, maison par maison »), reprenant à leur compte le célèbre discours de menaces de Kadhafi envers son peuple. Les femmes, les enfants, les personnes âgées n’ont pas été épargnées par cette violence, tandis que même de jeunes adolescents étaient interpelés.

Un vieil alibi de la police : les cocktails Molotov

Nous avons essayé de joindre un responsable sécuritaire pour obtenir des précisions sur le déroulement des interventions policières, mais en vain. Toutefois, l’agence TAP a relayé les propos d’un responsable sécuritaire : celui-ci a affirmé que les forces de sécurité restaient vigilantes devant les manifestants, qui possédaient des bouteilles de gaz inflammable, obtenus après avoir pillé un camion chargé de gaz liquéfié. Il a ajouté qu’un agent des forces de l’ordre avait été blessé par les manifestants à l’aide de projectiles et de cocktails Molotov - une version démentie par les habitants, qui affirment que l’agent en question a été blessé par erreur par une voiture de police lors des affrontements.

Alors que nous visitons le quartier, maison par maison, sur insistance des habitants, nous avons, nous aussi, reçu notre part de gaz lacrymogène. A plusieurs reprises, pour fuir ces gaz, nous nous sommes abrités à l’intérieur des maisons où nous avions partagé la frayeur d’enfants et de personnes âgées. Une militante de la Ligue tunisienne de défense des droits humains, Samia Boukhers, qui habite dans le quartier, intervenant dans une émission consacrée à ces événements et à ceux de Oum Larayes, que même les animaux n’avaient pas été épargné : plusieurs bêtes sont mortes asphyxiées par les gaz lacrymogènes.

En réaction à ces violences des forces de l’ordre à El Milaha, une section de la LTDDH a réagi en envoyant une délégation sur place pour constater les dégâts. Quant au Conseil national des libertés en Tunisie, il a publié un communiqué dénonçant l’utilisation excessive de la violence à l’encontre de toute la population du quartier pour protéger l’ordre public. Le conseil a demandé l’envoi d’une commission d’enquête indépendante pour constater les atteintes aux droits humains et prendre les mesures nécessaires contre ces dépassements inacceptables.

« Celui qui réprime son peuple doit quitter son pays »

L’application de la loi par la force pour empêcher les blocages de route peut se justifier, mais une expédition punitive contre toute la population d’un quartier ne pourra qu’aggraver la situation. La solution répressive n’a jamais donné de résultats signifiants, même lors du régime dictatorial de Ben Ali, et ne pourra que renforcer la fracture ressentie par ces jeunes qui voulaient réclamer leur droit à un travail. D’ailleurs certains habitants du quartier estiment que cette répression était pire que celle utilisée par l’ancien régime, au point qu’une femme du quartier El Milaha a déclaré qu’elle « souhaitait le retour de Ben Ali et regrettait d’avoir voté pour Ennahda ».

Un des habitants du quartier, qui nous a accompagnés tout au long de notre visite, a trouvé qu’après cette répression, le quartier ressemblait au quartier Baba Amr de Homs, où le régime de Bachar Al Assad exerce une répression sans précédent. Or le président Marzouki a déclaré à ce propos que « celui qui réprime son peuple doit quitter son pays ». Mais n’est-ce pas ce qui est en train de se passer en Tunisie ? Les habitants de El Milaha, ceux de Oum Larayes ou les manifestants à Tunis, tabassés pour être descendus dans la rue le 9 avril dernier à l’occasion de la Journée des martyrs, ne font-ils pas partie du peuple tunisien ?

Karim Ouannes.
 Les témoignages des habitants du quartier El Milaha ont été filmés et peuvent être consultés en suivant ces liens :

https://www.facebook.com/photo.php?v=10150783651034002

https://www.facebook.com/photo.php?v=10150783574999002

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  1. bakha *  a écrit le 18.04.2012 13:18
    <div style="text-align: center;">c un manque de proféssionalisme falgrant,de vouloir comparer les deux situations , plus de respect a vos lecteur

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