Ben Ali parle aux Tunisiens pour la première fois depuis sa fuite
Proposé par oumzied le lundi 02 juillet 2012
Une semaine après la publication de « Ma Vérité », Leïla Trabesi se met aux interviews. Son mari en a profité pour faire « coucou » et glisser un petit mot à l’attention de ses compatriotes...
Pour parler au Parisiendepuis son exil saoudien, l’épouse de l’ex-dictateur a utilisé Skype, la même méthode qu’elle avait utilisée pour « écrire » son livre. Evidemment, le deal avec les journalistes français ne prévoyait pas que la bonne foi soit aussi au rendez-vous. Leïla le répète, elle « ne croi[t] pas du tout au scénario d’une révolution spontanée née d’une contestation de la jeunesse », tout en admettant qu’« il y a eu une grande manifestation spontanée à Tunis, c’est vrai, comme il y en a parfois aussi en France ». Surtout, elle jure que Ben Ali n’a jamais donné l’ordre de tirer sur les manifestants. « Pour le prouver, l’avocat de mon mari a demandé que les enregistrements des communications entre le président et les ministres de l’Intérieur et de la Défense soient remis à la justice », poursuit-elle. « Etonnamment, le gouvernement transitoire a refusé d’accéder à cette demande ».
Les relations avec la France sont peut-être le seul chapitre où on peut espérer un peu de sincérité. Leïla Ben Ali révèle ainsi que Bernard Squarcini, le patron des renseignements français, a pris contact avec une de ses filles présente à Paris et lui a dit : « Ne t’inquiète pas pour papa, il est parti en Arabie saoudite ». Mais Leïla dit « ignorer comment il a pu savoir aussi vite que nous avions quitté le pays »… Quant aux présidents français, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, elle exprime clairement leur soutien de toujours. « J’ai été déçue que [Nicolas Sarkozy] n’affiche pas son soutien au moment de notre départ. Il a même laissé dire que la France refuserait de nous accueillir sur son sol alors qu’il n’en a jamais été question. Le seul à nous avoir soutenus jusqu’au bout, c’est Frédéric Mitterrand ». Le ministre de la Culture de Sarkozy, déjà très critiqué pour ses relations avec le dictateur tunisien, est ainsi définitivement mouillé...
Malgré toutes ces déclarations, la femme de Ben Ali affirme
sans rougir ne pas se mêler de politique : « Je suis une fille du peuple. Mon quotidien
était consacré aux œuvres caritatives et sociales ». Au plus a-t-elle peut-être
aidé un chouïa sa famille… « J’ai
fait en sorte d’aider mes proches à mieux vivre, c’est vrai. J’ai par exemple
aidé un de mes frères à obtenir un prêt, mais il l’a remboursé avant de mourir. (…)
Dieu est témoin que je n’ai jamais voulu faire de mal à qui que ce soit. Si je
me suis rendue coupable d’une faute à l’égard d’une personne, je lui demande
pardon ». Voilà pour le pardon. Et la justice ? « Pour l’instant, il n’y a que de la haine et
de la vengeance. Nous sommes nous aussi prêts à faire face à la justice de
notre pays, dès lors qu’elle est équitable (…). Hélas, aujourd’hui, ce n’est
pas le cas ».
Le mari, resté dans l’ombre jusque-là, ne résistera pas à faire une apparition
devant la webcam, « vêtu d’un polo
blanc » selon les journalistes, et ce pour « faire taire les rumeurs de mauvaise santé ». Il a même rédigé un
mot pour les Tunisiens, que lira sa femme : « Je déplore qu’on ait oublié que, pendant vingt-trois ans, l’Etat, sous
ma direction, a amélioré considérablement le niveau de vie de chacun et fait de
la Tunisie un pays moderne que bien des nations amies citent en exemple.
J’admets néanmoins qu’il restait encore des progrès à accomplir et des libertés
à mettre en place. J’espère que mes compatriotes me rendront justice en se
souvenant du chemin qu’ensemble nous avons parcouru. Je n’aspire, au crépuscule
de mon existence, qu’à conserver l’honneur ».
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